Study on the Working Conditions of Women in Rural Areas
by l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates & Observatoire Asma Fanni pour l’égalité des chances et la citoyenneté des femmes en Tunisie

 

Pour un résumé en français voir ci-dessous ou télécharger le rapport (ci-joint au bas de la page  ou sur le site de l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates)

 

The study presents a detailed study of working conditions of women focusing on agricultural labour.

The overall objective of this investigation is to determine the levels of discrimination against women in order to organize advocacy with the aim of ensuring better working conditions for women in rural areas and fighting against the discrimination against them .

The survey analyses labour activities for women and men comparatively, in particular:


1. Women working conditions in rural areas, including transport conditions, schedules, safety and compensation
2. The volume of work and the allocation of time between work and domestic activities;
3. The nature of the tasks that women are expected to perform;
4. The contractual framework for work of rural women;
5. The physical, psychological and moral impact of working conditions on women and their families;
6. The position of women in their families and the contribution of labor to economic independence;
7. Expectations and satisfaction levels of women in relation to working conditions.

 

The results and analysis draw on a mixed methodology that combines qualitative and quantitative research and so provides a rich and detailed description of women's working conditions in agriculture.

 

Some of the conclusions of the report are presented here:

 

Farm work is often characterized by difficult and precarious living conditions that are manifested among others in low pay, intensive exploitation and an absence of social rights, but also in violence against women. The present study confirms these findings by demonstrating a clear discrimination against women in terms of education, duration and working conditions, remuneration, and respect for economic and social rights. Discrimination against women manifests itself clearly in their labour time because of the combination of housework and farm work: while rural women spend more than 12 hours of their time between housework and farm work, men work less than 9 hours per day.

Women's work seems to escape labour regulations. The basic labor rights of women in rural areas are seen to be violated: working time, means of protection, social security, decent pay. Worse, rural women do not have the means to realise or defend their rights since they are working, mostly, in absence of contractual frameworks.
 

The difficult working conditions appear to be increasingly serious, and many women suffer from health problems related to precarious working conditions. They are also exposed to violence and harassment, physical and sexual. Rural women work on the land in very difficult conditions because of the harsh transportation conditions, the negative impacts on their health and their well-being, and the irregular and precarious work.

 

Despite difficult conditions, the work of rural women is a personal choice, the main purpose of which is to provide for the family. Rural women working in agriculture appear to be determined to achieve their objectives through working the soil. These objectives are first: contributing to family expenses and improving the living conditions of their families, in particular securing the education of their children, and second, having more financial autonomy and freedom. This shows that the work of rural women is important to improve the welfare of the family and therefore of society.
 

Thus, despite the insecurity, several empowerment indicators can be associated with the work of the workers. These are: financial autonomy, self-esteem, mobility, access to work, sharing of experiences, and contribution to household needs.

 

The difficulty of securing home and land ownership are the most blatant manifestations of discrimination faced by women despite their net contributions to the family budget and national wealth.
 

It is clear that civil society (associations and unions) and especially the state should take responsibility for contributing to an effective improvement of women's working conditions on farms and to building their capacity through interventions and concrete measures.

 

 

--------------------------FRENCH-----FRANÇAIS------------------------

 

L’objectif général de cette enquête vise à déterminer les niveaux de discrimination dont sont victimes les femmes en vue d’organiser des actions de plaidoyer pour garantir de meilleures conditions de travail des femmes en milieu rural et pour lutter contre les discriminations dont elles sont victimes.

 

La présente enquête se propose d’étudier les conditions de travail des femmes dans le secteur agricole et de mettre l’accent sur les discriminations dont elles sont victimes sur le marché du travail en milieu rural.

 

Au-delà de l’objectif général, cette enquête vise ainsi à étudier de manière spécifique et dans le cadre d’une analyse comparative entre les femmes et les hommes, en particulier concernant :

 

  1. Les conditions de travail des femmes en milieu rural, notamment les conditions de transport, les horaires, la sécurité et la rémunération

  2. Le volume de travail et l’allocation du temps entre le travail et les activités domestiques;

  3. La nature des tâches que les femmes sont appelées à exécuter;

  4. Le cadre contractuel du travail des femmes en milieu rural;

  5.  Les répercussions physiques, psychologiques et morales des conditions de travail sur les femmes et sur leurs familles;

  6. La position des femmes dans leurs familles et la contribution du travail à leur autonomie économique;

  7. Les attentes et le niveau de satisfaction des femmes par rapport aux conditions de travail.

 

 

CONLUSIONS ET RECOMMANDATIONS POUR LE PLAIDOYER

 

Le travail agricole est souvent caractérisé par ses difficultés et par la précarité de ses conditions qui se manifestent entre autres par une faible rémunération, une exploitation intensive et une quasi-absence des droits sociaux mais aussi par des rapports violents à l’encontre des femmes. La présente étude vient confirmer ces constats en mettant en évidence une nette discrimination à l’encontre des femmes sur les plans de l’éducation, de la durée et des conditions de travail, des rémunérations et de respect des droits économiques et sociaux. La discrimination subie par les femmes se manifeste nettement dans la charge horaire qu’elles supportent en raison du cumul entre travail domestique et travail agricole. Précisons, par ailleurs, que la discrimination en défaveur des femmes rurales se manifeste aussi dans son allocation du temps entre les tâches domestiques et le travail agricole; alors que les femmes rurales consacrent plus 12 heures de leur temps entre travail domestique et travail agricole, les hommes travaillent moins de 9 heures par jour.

 

Les conclusions de cette enquête représentent un argumentaire riche plaidant pour la nécessité d’améliorer les conditions de travail des femmes rurales et d’éliminer toutes les discriminations dont elles sont victimes.

 

Cette étude a permis de faire ressortir les résultats témoignant de l’urgence de l’intervention de l’état et de la société civile pour protéger et renforcer les capacités de cette population vulnérable de travailleuses en milieu rural.

 

Ce renforcement des capacités des femmes rurales s’inscrit dans un cadre référentiel qui comporte principalement la Constitution tunisienne de Janvier 2014 et la Convention internationale contre toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) et nos législations qui sont en harmonie avec ces textes. On se référera à l’article 46 de la Constitution qui stipule que « l’État s’engage à protéger les droits acquis des femmes et agira pour leur consolidation et leur évolution, l’État garantit l’égalité des chances entre hommes et femmes, œuvre pour la parité et prend les mesures nécessaires pour lutter contre les violences à l’égard des femmes ».

 

On se référera également à l’article 38 qui stipule que « l’État garantit la protection sociale et aux dispositions de la CEDAW et les conventions de l’OIT relatives aux droits économiques et sociaux concernant l’égalité de rémunération, l’égalité de traitement (sécurité sociale) et en matière d’emploi ».

 

Les femmes rurales travaillent dans des conditions difficiles et sont victimes de pratiques illégales d’intermédiation au profit des exploitants et de leurs collaborateurs.

 

Le travail des femmes semble échapper à la réglementation du travail. Les femmes en milieu rural, se voient violer leurs droits de travail élémentaires: durée de travail, moyens de protection, couverture sociale, rémunération décente. Pire encore, les femmes rurales ne disposent pas des moyens pour défendre leurs droits puisqu’elles travaillent, en majorité, en dehors des cadres contractuels.

 

Les conditions difficiles, les discriminations et les risques auxquels sont confrontées les femmes rurales au quotidien, reviennent essentiellement à trois facteurs :

 

  • L’ignorance de leurs droits : le niveau d’éducation faible des femmes rurales ne leur permet pas d’avoir les informations nécessaires sur leurs droits et les obligations de leurs employeurs malgré l’effort déployé par certaines associations;
  • La multitude des intervenants informels: cette enquête a permis de montrer que la majorité des femmes rurales sont employées d’une manière illégale par les transporteurs et les intermédiaires non agréés qui jouent le rôle d’agents de recrutement, de transporteurs et de responsables de la paie, maîtrisant toutes les manœuvres et emprisonnant la main d’œuvre rurale, particulièrement féminine, dans le cercle vicieux de la précarité. Le circuit du travail agricole particulièrement le travail féminin semble être piloté par un réseau d’intermédiaires et d’exploitants agricoles, est souvent caractérisé par la violence, par des rapports de domination et par de l’exploitation. La rémunération des femmes, beaucoup plus faible que celle des hommes, marginalise les femmes par rapport au processus de développement et au système de profit.
  • L’absence des mécanismes d’application des dispositions du Code de travail efficaces : les exploitants agricoles et les intermédiaires profitent d’un état d’impunité, de l’absence des inspections et de l’ignorance des femmes rurales de leurs droits pour imposer leurs règles. Le syndicat ne représente pas la majorité des femmes travaillant dans l’agriculture et semble être dépassé et son pouvoir de négociation affaibli face aux réseaux bien organisés assurant l’intermédiation pour les exploitants agricoles.

 

Les conditions de travail difficile semblent être de plus en plus graves et beaucoup de femmes souffrent de problèmes de santé liés aux conditions précaires de travail. Elles sont en outre exposées à la violence et au harcèlement moral, physique et sexuel.

 

En dépit des conditions de travail pénibles, le travail des femmes rurales reste un choix personnel dont l’objectif essentiel est de subvenir aux besoins de la famille.

 

Cette enquête a montré que les femmes rurales travaillent dans la terre dans des conditions très difficiles, allant des conditions pénibles de transport, jusqu’aux impacts négatifs sur leurs santés et leurs bien-être, passant par l’irrégularité et la précarité des postes de travail.

 

Cependant, les femmes rurales travaillant dans le secteur agricole semblent être déterminées à réaliser leurs objectifs attendus par le travail dans la terre, qui est en premier lieu la contribution aux dépenses familiales et l’amélioration des conditions de vie de leurs familles en particulier la garantie de l’éducation de leurs enfants et en second lieu, d’avoir plus d’autonomie financière et de liberté. Ceci montre que le travail des femmes rurales est important pour l’amélioration du bien-être de toute la famille et donc de la société.

 

Ainsi, malgré la précarité, plusieurs indicateurs d’empowerment peuvent être associés au travail de l’ouvrière telle que, l’autonomie financière, l’estime de soi, la mobilité, l’accès au travail, le partage d’expériences, la contribution aux besoins du ménage, etc....

 

Dans ce domaine, l’éducation semble être un facteur déterminant. En effet, l’étude montre que lorsqu’elles disposent d’un niveau d’éducation relativement élevé, les femmes rurales arrivent à bien décrocher de meilleurs postes de travail, à bien négocier leurs rémunération et à bien protéger leurs droits vis-à-vis de leurs employeurs.

 

Il est important de signaler que par choix personnel les femmes veulent dire choix adopté, imposé par les conditions familiales et l’insuffisance du revenu familial.

 

L’exploitation de la main d’œuvre féminine en milieu rural appelle à une intervention urgente de l’Etat et de la société civile.

 

Les capacités individuelles des femmes rurales restent insuffisantes pour que ces femmes réussissent des transformations profondes de leurs situations et une amélioration sensible de leurs conditions de travail. Ces capacités individuelles ne sont pas suffisantes pour apporter un grand changement de leur situation en général et du processus de précarisation associé au travail agricole en particulier. Ces capacités sont loin de faire le poids face aux enjeux du marché et surtout au développement d’une agriculture basée sur l’exploitation, de plus en plus demandeuse de la main d’œuvre féminine emprisonnée dans les réseaux d’intermédiation informels et subissant encore les pesanteurs patriarcales qui se manifestent à plus d’un niveau.

 

La propriété du logement et celle de la terre sont les manifestations les plus flagrantes des discriminations que subissent les femmes malgré leurs nettes contributions au budget familial et aux richesses nationales.

 

C’est dans ce contexte que nous nous interrogeons autour du type d’appui et d’accompagnement à apporter à ce groupe longuement marginalisé. Il est clair, que la société civile (associations et syndicats) et surtout l’État devraient assumer leurs responsabilités pour contribuer à une amélioration effective des conditions de travail des femmes dans les exploitations agricoles et de renforcer leurs capacités par des actions et de mesures concrètes.

 

Aujourd’hui au vu des résultats de notre enquête et des nouvelles opportunités, nous avançons nos revendications et demandons d’urgence :

 

  • Que les articles de la Constitution soient traduits en lois favorables à l’amélioration de la condition des femmes en général et des femmes dans le secteur agricole en particulier.
  • Que la levée des réserves sur la CEDAW soit accompagnée de mesures appropriées pour lever les discriminations.
  • Que la société civile et les médias mettent à profit les libertés consacrées par la nouvelle constitution pour poser les problèmes constatés dans l’enquête, sensibiliser les femmes à leurs droits, rendre visibles leurs conditions dans le secteur agricole et les dénoncer.

 

L’Etat doit être à l’écoute de ces revendications déjà formulées par l’ATFD, à plusieurs reprises : dans son rapport alternatif soumis au Comité des Nations Unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (octobre 2010), à partir des demandes des femmes formulées au cours de leurs visites à nos observatoires Asma Fenni pour l’égalité des chances et la citoyenneté des femmes en Tunisie à Ben Arous et à Sfax et aux séminaires de l’ATFD dont celui qui a été organisé avec les décideurs politiques en Tunisie le 08 août 2014. Ces revendications concordent avec les recommandations qu’implique notre enquête. Elles portent sur :

 

  • L’établissement de travail commun avec les institutions de l’État à même de soutenir les femmes victimes de discriminations et de violations sociales et économiques pour garantir le dialogue constructif avec la société civile et trouver les solutions urgentes aux demandes des femmes concernées .
  • La mise en valeur du travail des femmes dans l’agriculture : dans les statistiques nationales, leur contribution dans l’accumulation des richesses nationales.
  • Le recours à des mécanismes pour intégrer les femmes licenciées de leur emploi dans d’autres projets.
  • L’institution d’un observatoire de non ségrégation professionnelle à l’embauche et dans les salaires.
  • La médiatisation et la dénonciation des pratiques illégales et la lutte contre l’intermédiation informelle.
  • Le recours à des mécanismes de contrôle pour garantir le respect de droit du travail et les conventions internationales (nécessité d’inspections fréquentes et de législations plus sévères).Une attention particulière doit être portée au contrôle du transport afin de préserver les femmes
  • des accidents.
  • La pénalisation de pratiques discriminatoires et du harcèlement sexuel avec révision de la définition du harcèlement sexuel, la suppression de la disposition qui donne le droit au harceleur d’engager une action en diffamation, l’insertion du délit du harcèlement sexuel dans le Code du travail et le statut de la fonction publique.
  • La garantie de la protection sociale pour les femmes travaillant dans le secteur agricole, et dans le travail informel, l’octroi des cartes de soins gratuits et l’amélioration des services de santé dans les régions.
  • Le renforcement des équipements sociaux (garderies, lieux de repos et de loisir, transport décent, tenues qui assurent l’hygiène et la sécurité...).
  • Encouragement de entrepreneuriat des femmes en leur accordant les mêmes chances d’accès à toutes les opportunités : crédits, une part des terres domaniales octroyées par l’Etat, leur faciliter l’octroi des produits nécessaires à la culture, la distribution des produits agricoles etc...
  • La mise en place de mécanismes qui facilitent l’accès des femmes à la propriété de la terre.
  • Le recours à des mécanismes spécifiques pour le soutien des femmes qui sont seules à subvenir aux besoins de la famille (famille monoparentale).
  • La promotion de la participation des femmes dans les instances de concertation et de décisions locales.
  • La prise en compte de la dimension genre dans la conception du budget et de plans de développements, de même que dans les statistiques et la comptabilisation de la contribution des femmes aux richesses nationales.
  • La mise en place d’un programme de lutte contre l’analphabétisme des populations féminines et un programme d’alphabétisation des femmes qui ne connaissent pas leurs droits.
  • La ratification par l’état Tunisien des conventions de l’OIT en particulier la Convention 183 et les conventions relatives aux droits économiques et sociaux des femmes pour garantir l’égalité de rémunération et combattre le chômage des femmes.

 

Toutes ces mesures devront être pensées dans la conception d’un budget et de plans de développement qui intègrent la dimension genre, avec la volonté politique de consolider les droits des femmes, de reconnaître leur pleine citoyenneté et d’agir aussi et en conséquence sur le plan culturel. Il est important de s’attaquer à tout ce qui constitue une entrave à l’acquisition par les femmes de ressources propres et de biens fonciers. Dans ce sens, l’instauration de l’égalité en droits successoraux aidera les femmes à développer à l’égal des hommes l’esprit d’initiative et d’entreprise et à atténuer leurs conditions de précarité et de vulnérabilité sociale.

Date: 2016-06-16


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